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Inegalite, une construction historique suisse

Edité par: cb le: 05/02/2008

 



























Inégalité, une construction historique suisse



 









 




 














   
 

La répartition des femmes et des hommes sur le marché du travail est la résultante de choix politiques et culturels anciens. Consciemment et inconsciemment, ceux-ci ont reproduit la division sexuelle du travail.





Brigitte Studer

Lundi 4 février 2008






La dernière étude de l'Office fédéral de la statistique (OFS) à propos de l'égalité entre femmes et hommes en Suisse démontre que l'avancée en la matière est un processus contrasté. A partir d'une série d'indicateurs dans les domaines de la formation, du travail et de la politique, il ressort que la Suisse peut faire état de quelques progrès notables en comparaison internationale, mais elle reste à la traîne ou dans une position médiocre dans d'autres domaines. Une mise en perspective historique permet d'éclairer, sinon d'expliquer certaines continuités et spécificités suisses en comparaison internationale.



• Progrès et stagnationDeux améliorations en matière de taux de participation féminine sont nettes. Il s'agit de la représentation parlementaire, d'une part, de la formation, de l'autre. Dans le premier domaine, la part relativement importante de 29,5% de femmes élues au Conseil national et au Conseil des Etats, depuis octobre 2007, est d'autant plus notable que l'introduction du droit de vote ne date que de 1971. Or, comme le terme l'indique, il ne s'agit que d'une «représentation», certes importante sur le plan symbolique de la participation au pouvoir politique, mais concrètement seul un très petit nombre de femmes est directement concerné.



Dans le domaine de la formation, l'écart entre les sexes s'est réduit en Suisse comme dans la quasi-totalité des pays du nord et de l'ouest de l'Europe, et ceci aussi bien dans le secondaire que dans le tertiaire. Pourtant, la part des femmes suisses qui obtiennent aujourd'hui un diplôme des hautes écoles (universités et HES) ou un doctorat reste dans l'ensemble plus faible que dans les pays voisins. C'est d'autant plus surprenant que la Suisse avait accordé de manière précoce l'accès à l'université aux femmes. Les Suissesses n'ont saisi que tardivement cette opportunité. Pourquoi, puisqu'une bonne formation est la clef d'accès aux professions?



Le lien entre les secteurs de la formation et du travail se manifeste aujourd'hui à travers l'envol du taux d'activité professionnelle des femmes. En l'espace de 30 ans, il a presque doublé, passant de 45% en 1970 à près de 75% en 2006. Trois quarts des femmes entre 15 et 64 ans sont donc sur le marché du travail. Ce taux n'a jamais été aussi élevé au cours des cent dernières années. Il était de 35,5% en 1941, mais de 47% en 1910. L'évolution de la participation professionnelle des femmes ne correspond donc pas à une progression linéaire au cours du siècle dernier, mais plutôt à un mouvement de balancier.



• Des étrangères, pas des SuissessesSi les femmes se sont en partie retirées du marché du travail dans la première moitié du XXe siècle, c'est surtout par la force des choses, notamment à cause du déclin de l'industrie textile, mais aussi de la pression sociétale contre le travail des femmes mariées. Ce n'est donc pas par choix. Lors de la reprise économique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le climat politique avait certes changé, les salaires masculins ayant augmenté sous la pression syndicale mais la volonté politique a pesé pour limiter la participation professionnelle des femmes. Des Suissesses plus précisément, puisque le délégué du Conseil fédéral à la création d'emplois, nommé pendant la guerre en prévision d'une récession lors du retour à la paix, a d'abord œuvré pour le licenciement des femmes engagées durant la mobilisation.



Dans un second temps, il a aussi fait pression pour que les besoins élevés en main-d'œuvre lors de la haute conjoncture soient couverts par la venue de travailleuses étrangères. Celles-ci sont majoritairement célibataires et peuvent être renvoyées facilement. Une telle politique est même si efficace qu'au début les femmes immigrées sont majoritaires par rapport aux hommes. C'est ainsi à dessein que les autorités fédérales ont renoncé à faire appel à la «réserve» indigène, aux femmes mariées suisses. L'augmentation de leur part sur le marché du travail, ces dernières années, souligne toute l'ampleur de la mutation structurelle intervenue.



Malgré l'évolution des pratiques et des mentalités dans la société suisse, les pesanteurs historiques se font toujours sentir. On les voit à l'œuvre dans de nombreux indicateurs, à commencer par le recul du taux d'activité des femmes entre 30 et 40 ans.



• Les tâches familiales d'abordA la différence des hommes, dont la participation à la vie active reste constante, une partie des femmes en Suisse se retirent momentanément du marché du travail lorsqu'elles fondent une famille. Elles suivent ainsi le modèle dit des «trois phases» (formation et première activité professionnelle, phase familiale, retour sur le marché du travail) propagé dans les années cinquante pour concilier emploi et famille dans la vie des femmes. Même les féministes le préconisent en 1958 lors de la SAFFA, l'exposition suisse pour le travail des femmes, à Zurich. Face à la stigmatisation sociétale de l'activité professionnelle des femmes mariées et plus encore des mères, elles voient dans ce modèle une porte d'accès au monde du travail.



• Le temps partiel très répandu en SuisseDepuis les années soixante, c'est pourtant un autre modèle qui se met progressivement en place, celui du temps partiel. Il répond au problème des tâches familiales assignées aux femmes par un aménagement du temps court. Selon les derniers chiffres de l'Office fédéral de la statistique, plus de la moitié des femmes qui exercent une activité professionnelle ont un emploi à temps partiel (57%), contre 12% des hommes. Comme l'écrit lui-même l'OFS, «le travail à temps partiel est ainsi une caractéristique de la vie professionnelle des femmes». En comparaison internationale, la Suisse occupe la deuxième position, derrière les Pays-Bas, pour le pourcentage de femmes ne travaillant pas à plein-temps. Ce modèle est légèrement moins discriminant que celui dit des «trois phases» sur le plan des assurances sociales et il permet aux femmes d'éviter l'exclusion complète, souvent définitive du marché du travail. Surtout, il répond mieux aux besoins des employeurs, leur fournissant une main-d'œuvre flexible, objectif que la dérégulation intervenue depuis les années 1980 a encore favorisé. La part extrêmement élevée du travail à temps partiel chez les femmes en Suisse en témoigne. Mais si cette proportion est une des plus importantes d'Europe, d'autres facteurs entrent également en ligne de compte. La durée du temps de travail en est un, le manque de crèches et d'autres institutions de prise en charge des enfants un autre.



• Les effets d'une politiqueL'absence de volonté politique pour remédier à cet état de fait ne peut que conforter des attitudes traditionnelles face au partage des tâches entre hommes et femmes. Les indicateurs statistiques reflètent ainsi les effets croisés entre travail et famille, formation et travail. Ils illustrent le piège structurel construit par les acteurs politiques et économiques au cours de l'histoire. L'égalité des genres est au prix de sa destruction.



 




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