Terrain Avendre

La construction

Edité par: CB le: 12/02/2008

 

CONSTRUCTION - La partie patronale relativise l'importance du conflit social dans le gros oeuvre et semble planifier une sortie de crise en douceur. Au-delà de ce qui apparaît ainsi comme un (en)jeu de dupes, les deux camps testent les limites de l'adversaire en les repoussant au maximum.

«C'est un conflit historique», entend-on souvent du côté syndical à propos du mouvement de protestation des maçons. Historique par son ampleur, grandes manifestations, grèves tournantes massivement suivies et gros moyens syndicaux. Et surtout par ses buts, à savoir la sauvegarde d'une convention collective de travail primordiale pour de nombreux ouvriers dans le bâtiment et employés d'autres branches économiques. La portée de ce conflit est toutefois minimisée par le côté patronal qui doit désormais renvoyer la balle reçue après les grèves du 15 octobre. Coup de sonde dans ce milieu.

Pour Blaise Matthey, directeur général de la Fédération des entreprises romandes, «il ne s'agit pas d'un conflit phare», car l'édifice du partenariat social n'est pas remis en cause mais seulement bousculé. De même, André Hagmann, responsable d'Infra ouest à la direction d'Implenia construction SA se dit «pas affolé outre mesure». «Pour le court terme tout au moins», précise-t-il néanmoins. Pour ces interlocuteurs patronaux, il s'agit plutôt d'un conflit «à tiroirs», révélant plusieurs sources de mécontentement.

En ce sens, Didier Favre, président de la section genevoise de la Société suisse des entrepreneurs (SSE), voit l'expression d'un «ras le bol» général des partenaires sociaux derrière la résiliation de la convention collective nationale de travail (CN). Le militant patronal présente le litige autour de la flexibilité des horaires comme «la goutte d'eau qui a fait déborder un vase déjà plein».





Flexibilité à la mode



«La flexibilité est importante pour les employeurs, poursuit-il, or, les positions syndicale et patronale sur la gestion de cette flexibilité ne sont pas si éloignées que cela.» M.Favre admet également qu'il faudra trouver des garde-fous à cette flexibilité «car des journées de quinze heures seraient inacceptables».

Blaise Matthey juge de même que «toute la convention n'est pas remise en cause par le débat sur la flexibilité». Pour lui, il s'agit uniquement du report de quelques heures de la mauvaise saison sur l'été. Elargissant le point de vue, il remarque en outre que tous les métiers sont confrontés à des pics de production et que, «depuis une quinzaine d'années», toutes les conventions collectives ont inclus des modalités d'annualisation ou de flexibilité du temps de travail «sans faire de bruit». «Ce n'est pas nouveau», dit-il, même si, «en principe, le risque d'exploitation doit être supporté par l'employeur».





Chère grève



Plus direct, André Hagmann perçoit la controverse autour de la flexibilité comme un «prétexte». «Des deux côtés, on voulait montrer les muscles, analyse le directeur, c'est de bonne guerre de faire un peu pression sur l'autre, mais après on discutera». Entre les mots, Didier Favre n'est pas éloigné de cette évaluation: la partie qui se joue servirait à tester les forces respectives, imprimant un caractère «de principe» à la confrontation actuelle.

Reste que la grève est bien réelle, regrette le président de la SSE. «Elle coûte cher aux employeurs, en manque à gagner et en immobilisation de machines et de chantiers.» Surtout à Genève, qui va supporter le principal choc du conflit, avance-t-on dans les rangs patronaux. Elle coûtera aussi cher aux maçons et aux syndicats, complète M.Hagmann. Les fonds de lutte syndicaux indemniseront en effet chaque jour de grève à hauteur de 120 francs. Soit un bon demi-million de francs pour lundi dernier et, malgré cette manne, chaque ouvrier perdra quand même une centaine de francs de revenu, calcule le directeur.





Trouver la porte de sortie



Tout cela fait cher pour un combat de principe. Surtout que la négociation de toute convention collective est un processus, soutient Blaise Matthey. «Ça se discute, c'est fait de heurts et de désagréments, parfois de grèves.» Ainsi, la «férocité dans le débat» ne lui fait pas peur, si le respect d'autrui est préservé. «Chaque branche a sa propre façon de fonctionner, constate le patron des patrons, et les partenaires du gros oeuvre sont coutumiers des difficultés.» N'étant pas partie au conflit, il se refuse toutefois à donner des conseils à la SSE.

Mais si «entrer en confrontation est facile, il est moins simple d'en sortir», poursuit le permanent patronal. Des entreprises jouent leur survie, des travailleurs leurs places, les syndicats leur fond de caisse et les syndicalistes professionnels leurs salaires. Il constate notamment que les syndicats «parient sur un grand mouvement» au risque de «se discréditer» si les salaires augmentent effectivement en janvier 2008, invalidant ainsi la menace du «dumping salarial» brandie par eux.

Face à tant d'incertitude de part et d'autre, Blaise Matthey en reste à la paix du travail. Sans la sacraliser. Comme toute «construction immatérielle», la survie de la paix sociale «dépend des hommes depuis 70 ans». A ses yeux, la paix du travail est un moyen «dont on peut certes se passer, mais il faudra alors trouver autre chose pour régler les conditions de travail en acceptant les conséquences de ce choix». A l'inverse, conclut-il, «on ne peut pas vouloir la paix du travail et attiser le conflit». I



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